Manifeste du Surréalisme des Grèves.

Surréalisme des grèves.

 

  L’homme de l’écume inscrit le surréalisme des grèves dans une expérience atlantique, dans cette écriture de sable, cette parole de roche, saisies au hasard, lors de ses pérégrinations sur les contours océaniques de Bretagne et d’ailleurs. Cette proximité avec le mouvement perpétuel des flots, ce remuement de blancheur, ces marges arpentées à l’aurore souvent sans but, le mènent dans une quête de basculement, à travers une limite entre les veines d’un songe irrigué par le flux nocturne et le réel des phares et balises, poursuite qui lui permet d'atteindre le magnétisme cosmique transcendant toute réalité appauvrie. Les insurgés des lisières, poètes atlantiques, anarchistes-cosmiques tentent de s’acheminer le plus loin possible vers des régions où règne plus de réalité, où tous les possibles défient l’obscurantisme et les portent vers des territoires plus vastes, plus respirables.

Du haut de ce promontoire, rien ne vient troubler la vue, tout s’élargit au fur et à mesure de l’avancée. Dans ce champ chamanique de l’étendue source claire, le TOUT se reflète dans la lumière d’un miroir d’eau brisée et son chaos de scintillement à la dérive, probablement vers les plus hautes mers. C’est dans ces veines que le surréalisme des grèves s’édifie : fenêtre propice aux navigations les plus extrêmes, les plus tumultueuses dans les profondeurs de l’inconscient, se taillant, à notre insu, des chemins parfois abrupts vers le paysage intérieur. Les jours de grands vents, des courants s’y opposent, luttent et roulent au fond des criques fissurées de roches. L’homme de l’écume y poursuit ses cheminements avec en tête une poétique de haute amplitude.

Ce qui caractérise l’écriture automatique, écrit Sarane Alexandrian dans son livre consacré à André Breton, c’est la production intensive des images. Il n’y en a jamais trop, car on compte justement sur leur abondance, leur diversité, pour produire de l’ivresse sur l'esprit du poète et sur celui du lecteur. De deux courants contraires peut naître un surréalisme des grèves, c’est-à-dire un soudain surgissement, un scintillement d’espaces océaniques brusquement déployés dans un étrange silence vibrant, déferlant son flot d’images inédites, comme aigrette de vent aux tempes.

Le surréalisme des grèves va au-delà du dogme et de l’enfermement idéologique, il ouvre une fenêtre sur l’inconnu, à l’orée de sombres forêts cimmériennes où les passages d’une rive à l’autre basculent le guetteur dans une autre réalité. Il s’agit, ici, « d’océaniser » les pensées, mettant en branle une non-dualité, une totalité mouvante, une percussion d’opposés, un frottement de réalité aussi proche que lointaine, mais qui forme ici l’agrégation harmonieuse des contraires.

 

 

 

Dernier numéro de Sémaphore octobre 2016. Atelier de création et de recherche autour du Surréalisme des Grèves.